Depuis quelques mois, le débat est intense dans la presse alémanique au sujet du Lehrplan 21 (LP 21), plan d’études pour la scolarité obligatoire des 21 cantons germanophones ou plurilingues de notre pays. En Suisse romande, la chose peut étonner, étant donné que la mise en place du Plan d’études romand (PER) s’est déroulée dans un climat constructif et sans grands combats politiques.
Le 21 mai 2006, le peuple a accepté à plus de 85% la modification des articles constitutionnels sur la formation. Ainsi, l’article 62 de la Constitution affirme, dans son alinéa 4, la nécessité d’une « harmonisation de l’instruction publique concernant la scolarité obligatoire, l’âge de l’entrée à l’école, la durée et les objectifs des niveaux d’enseignement et le passage de l’un à l’autre, ainsi que la reconnaissance des diplômes ». Ainsi, tant le PER que le LP 21 répondent à une demande constitutionnelle et visent à harmoniser les objectifs de l’enseignement et les attentes particulières en fin de chaque « cycle » scolaire. Cela s’inscrit dans la ligne du concordat HarmoS et apporte une avancée importante en termes d’égalité des chances et de cohésion nationale. Comment pourrait-on justifier qu’un aussi petit pays que la Suisse puisse encore connaître 26 programmes scolaires différents ?
Le PER : principaux points positifs
En Suisse romande, le PER est progressivement entré en vigueur depuis 2011. Dans la quasi-totalité des cantons romands, tous les élèves ont donc aujourd’hui le PER comme programme scolaire. Pour l’utiliser quotidiennement depuis trois ans au Secondaire I, je peux témoigner de la qualité de ce programme. Contrairement à ce qu’affirment certains milieux réactionnaires, le PER ne laisse pas de côté les savoirs de base et n’implique nullement la suppression totale d’un enseignement de type « frontal ». Des objectifs élevés dans les apprentissages de base sont évidemment maintenus. Parallèlement aux domaines disciplinaires, le PER accorde une place importante à une formation générale, dont les visées prioritaires sont abordées dans différentes disciplines : l’éducation en vue du développement durable (qui participe à la création de l’esprit critique des élèves sur cette thématique), l’éducation à la citoyenneté (qui prépare les élèves à la participation active en tant que citoyens), l’orientation professionnelle, la prévention sur les problématiques liées à la santé ou encore l’utilisation des MITIC (Médias, Images, Technologies de l’Information et de la Communication). Concrètement, on travaillera par exemple dans différentes disciplines sur la question de la gestion de l’eau, au niveau local et international, en amenant les élèves à une réflexion sur cette problématique actuelle. Cela devrait permettre de répondre à ceux qui, à gauche, estiment que le PER ou le Lehrplan 21 ne sont que des projets néo-libéraux. Enfin, le plan d’études romand vise aussi le développement des compétences pratiques et sociales des élèves (collaboration, communication, créativité,…). Ces éléments sont extrêmement positifs ! Le Lehrplan 21 va également dans ce sens, même s’il s’agit encore de renforcer certains aspects, comme le demande le PS.
Des moyens sont indispensables
Pour le PER comme pour le Lehrplan 21, ces objectifs ambitieux demandent des moyens. L’apprentissage de deux langues étrangères (une deuxième langue nationale puis l’anglais) doit rester un but prioritaire et demande des conditions idéales à l’école (classes de petite taille, matériel adapté,…). De manière générale d’ailleurs, des ressources suffisantes doivent être assurées au personnel enseignant pour la réalisation de ces objectifs élevés. En outre, les manuels scolaires adaptés au nouveau plan d’études doivent être assurés dès l’entrée en vigueur du Lehrplan 21, ce qui n’a pas été le cas dans pour certaines disciplines avec le PER. De manière générale, les cantons doivent également investir dans la formation continue des enseignants et assurer des conditions optimales en classe. Il est indispensable de s’opposer fermement à tous les programmes d’austérité touchant l’éducation et menaçant ainsi la qualité de l’école. Il nous faut, au contraire, obtenir des investissements supplémentaires pour la scolarité obligatoire.
L’école : une priorité pour le PS
Le climat actuel nous confirme au moins une chose : le PS doit se battre pour ne pas laisser ce thème à l’extrême-droite. Nous devons nous engager pour défendre une école ouverte, tolérante, qui intègre chaque enfant. Une école à laquelle sont attribuées des ressources suffisantes. Une école aux objectifs élevés et tournés vers la pratique. Une école qui prépare de futurs citoyens et développe l’esprit critique des jeunes.
Les plans d’études ambitieux et harmonisés, ainsi que des moyens suffisants pour leur application, sont des éléments centraux pour y parvenir.